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Chapitre 1 : Aimez vous les expériences ?
Le photographe est un "regardeur", sa pratique peut se résumer dans un face à face avec le monde.
Je vous propose une petite expérience .
Munissez vous d'un masque de soudeur à l'arc et de lunettes de soleil. Chaussez les, puis observez à travers le masque l'astre solaire.
Nous rapellons qu'il est très dangereux d'observer le soleil sans protection efficace.
Une foi le frisson ( lié à cette action de regarder le soleil ) passé, on voit un simple rond lumineux entouré de noir.
Si l'on poursuit l' observation, cette vision épurée et abstraite (j'ai envie de dire simpliste ) cède assez vite à une impression d' effarement face à l' étoile et une vie intérieure se met en place.
Paradoxe, distance gigantesque nous séparant du soleil, et proximité apparente du phénomène observé. Rond étincelant, extrémité d'un tube que nous pourions presque toucher .
Une autre expérience, dans le même cadre, examiner un écran numérique avec un outil optique grossissant.
On voit, comme dans l'expérience précédente, un autre monde, un autre paradoxe.
Cette foi ci, l'objet que l'on sait proche et établi apparait lointain et imcompréhensible.
Chapitre 2 :Comment Victor Hugo déconstruit la Photographie numérique bien avant qu'elle ne fut inventée (1)
Ce qui a été dit plus haut, maladroitement, fût magistralement (et longuement ) évoqué par Victor Hugo dans son texte : Le promontoire des songes.
Ce poeme en prose de 1863 prend pour point de départ une expérience "fondatrice " (source, ici ) qu'il vécu à l'observatoire de Paris en 1834 à l'initiative de François Arago.
Voici ce que dit Victor Hugo à propos de l'observation de la lune :
" L’effet de profondeur et de perte du réel était terrible. Et cependant le réel était là. Je touchais les plis de mon vêtement, j’étais, moi. Eh bien, cela aussi était. Ce songe était une terre. Probablement, on — qui ? — marchait dessus ; on allait et venait dans cette chimère ; ce centre conjectural d’une création différente de la nôtre était un récipient de vie ; on y naissait, on y mourait peut-être " (lien vers le texte, sur wikipédia )
Chapitre 3 Arago et le daguerréotype
François Arago, natif du village d'Estagel (pyrenées orientales ) astronome réputé, fut également celui qui permit à Niepce et Daguerre de rendre public le procédé éponyme en Aout 1839, assurant ainsi une large diffusion et une démocratisation de la photographie. (source : la photographie, Thierry Gervais, Gaelle Morel, Larousse )
Vue d'Estagel, sténodigigramme 18 X 24 cm.
Chapitre 5 Arago, Hugo, Daguerro
Le 26 Février 1852, John Adams Whipple, pionnier américain de la daguerréotypie réalisa cette image de la lune, vue dans le télescope d'Harvard
Fantôme plat, le procédé est tel qu'aucun trucage n'est possible, il s'agit bien de notre luminaire, si loin dans le ciel mais rendu si accessible à nos sens.
John Adams Whipple, Daguerreotype, 1852 Source: Wikipédia
Epilogue, j'aime cette image parce
qu'elle le vaut bien, parce que je le veux bien
Certes, l'outillage du photographe s'est amélioré, répandu d'une manière universelle, et cette "vulgarisation" a pu entrainer une perte de l'aura du concept d'oeuvre artistique (lire à ce sujet W. Benjamin, l'oeuvre d'art à l'époque de sa reproductibilité technique ) ou une perte d'interret pour les images photographiques, mais cette chute est autant à mettre au crédit du plus grand nombre que nous sommes et non au procédé.
Il y a beaucoup de prétextes à voir le monde superficiellement, mais la cause
principale est notre attitude au quotidien.
S'entrainer à regarder, se mettre face à la réalité, (en pratiquant la
photographie, par exemple ) est la posture contemporaine a adopter pour voir le monde.
(1) Oui c'est vrai, j'exagère un peu, en même temps, dans ce texte, on découvre que selon Victor Hugo, la lune pourrait être peuplée .
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